Quand le talent se transmet de père en fils, le windsurf devient une histoire de famille. César Filippi, jeune rider prometteur du sud de la France, grandit entre vagues et vent, dans le sillage de son père Raphaël Filippi, figure bien connue du windsurf pro.
Pour DirectWind, les rôles s’inversent : le père passe derrière les questions pour mieux révéler le parcours, la passion et l’état d’esprit d’un rider déjà bien lancé.
LES QUESTIONS DE RAPHAËL FILIPPI POUR SON FILS CÉSAR :
Pour commencer, César, je te présente Directwind !!
C’est un des premiers sites de windsurf qui était un de mes partenaires à la fin des années 90. Laurent, le boss, est un passionné et il m’a contacté pour cette idée un peu loufoque de se faire une ITW familiale !!
Si tu es d’accord, on joue le jeu ?
Tu faisais plus de surf quand tu étais petit !! C’est venu comment le windsurf ? C’est quoi ton premier souvenir avec une voile dans les mains ?
J’avais essayé le windsurf tout petit, mais ça ne m’avait pas vraiment embarqué. Sûrement parce que j’étais le seul très jeune à m’y mettre à ce moment-là et que je manquais de motivation. Et puis mon pote Esteban Decruz a démarré : à partir de là, j’ai vraiment accroché et c’est devenu mon sport numéro 1.

Tu as vraiment commencé à 10 ans. Tu penses que c’est le bon âge et tu conseillerais quoi comme matos à un père qui voudrait initier son fils ?
Je pense que 10 ans, c’est le bon âge !! Le windsurf reste un sport assez physique et avant cet âge, ça devient vite compliqué de relever la voile au tire-veille, de tenir le wishbone, etc.
Par rapport aux autres water-sports, tu penses que c’est accessible le windsurf pour les jeunes ?
Comme je l’ai dit précédemment, c’est un sport assez physique, surtout au moment de l’apprentissage. Ce n’est donc pas forcément le sport de glisse le plus accessible pour les plus jeunes mais ça vaut vraiment la peine de s’y mettre. On ne le regrette jamais et c’est sans aucun doute le sport qui me procure le plus de sensations.
Ta première grosse manœuvre, c'était quoi ?
Mon premier gros trick qui m’a marqué c’est quand j’ai appris le forward loop à 12 ans. Je me rappelle que c'était un jour de mistral et j’étais tellement content que j'en ai envoyé deux / trois par bord toute la journée !!
Tu as la chance d’habiter sur le spot de Carro une bonne partie du temps, c’est un bon camp de base pour s'entraîner ?
Oui, il faut savoir qu’avant d’être considéré comme l’un des meilleurs spots de vagues en Méditerranée, c’est surtout le spot le plus imprévisible que je connaisse (rires). Mais ça nous permet aussi d’enchaîner presque tous les supports en une seule journée, et ça, c’est assez rare.
Tu es étudiant à l’ISG, une école de commerce à Lyon, comment arrives-tu à gérer ta vie d’étudiant en parallèle ?
J’ai la chance d’avoir trouvé cette école, qui en plus est juste à côté de chez moi. L’équipe pédagogique est super sympa et me laisse participer aux compétitions dès qu’il y en a ou à des photo-shootings. C’est une vraie chance parce que je sais que toutes les écoles ne laissent pas ce genre d’opportunités.
Comment tu décrirais Carro pour ceux qui ne connaissent pas ?
Pour faire simple, Carro, c’est une pointe rocheuse qui capte quasiment tous les vents et toutes les houles qui entrent en Méditerranée. C’est pour ça que c’est vite devenu un spot mythique. D’abord reconnu en windsurf, il s’est ensuite révélé être un spot incroyable pour le foil, tous supports confondus : wing, downwind ou surf foil. Il y en a pour tous les goûts… sauf pour les kiteurs (rires).
En Méditerranée, il y a des vagues ou c’est un mythe ?
César : Les gens qui viennent l’été penseront toute leur vie que les vagues en Méditerranée sont un mythe, c’est sûr !
Mais l’hiver, on a de très belles vagues. Elles se forment souvent avec le vent et offrent de super sessions de windsurf, de wing ou de bons downwinds. Les surfeurs peuvent même se mettre à l’abri dans quelques spots secrets pour trouver des vagues sans vent.

Tu es plutôt un waverider ? C’est venu comment ? Il y a de la génétique ?
Yes, haha ! Je pense que génétiquement, je n’étais pas vraiment fait pour le slalom non plus, on va dire… même si avec un peu de muscu et des proteines, sait-on jamais (rires). Et puis j’ai aussi grandi en regardant des vidéos de waveriders comme Víctor Fernández ou Marcilio Browne, et en voyant les riders de Carro naviguer dans les vagues. Forcément, ça m’a donné envie de faire pareil.
J’ai vu qu’on avait reçu une Skate 86 de Duotone !! Tu fais du freestyle ?
Oui, c’est clairement mon prochain objectif pour l’hiver : progresser en freestyle. Je pense que c’est la base la plus solide qu’un windsurfer puisse avoir. Et puis j’aime bien repartir de zéro, parce que ça laisse une grande marge de progression, et je trouve ça vraiment satisfaisant.
C’est quoi ton process pour progresser en windsurf et dans les water-sports en général ?
Pour moi, je dirais que la clé, c’est la visualisation mentale : s’imprégner d’une manœuvre dans sa tête avant de la tenter sur l’eau est primordial pour progresser et obtenir des résultats rapidement. Un trick que tu n’arrives pas à imaginer clairement, c’est une figure que tu as très peu de chances de réussir.
Le foil en windsurf, tu en penses quoi ? comment vois-tu son évolution ?
Quand j’ai eu envie de commencer cette discipline, c’était pile au moment où la wing est arrivée. Du coup, je suis passé directement du windsurf à la wing, sans vraiment passer par le windfoil. Mais récemment, je me suis dit que j’avais envie d’essayer, surtout pour faire du freestyle dans du vent très léger. Quand je regarde les vidéos de Balz Müller ou de Lennart Neubauer, forcément, ça donne grave envie.
Est-ce que je vois le windfoil comme le futur du windsurf ? Je ne sais pas trop. Honnêtement, au-delà d’un sport de niche, je vois surtout le windfoil comme une discipline olympique très orientée performance.
Tu viens de commencer sur le tour PWA en vagues. C’est un truc important pour toi ?
Pour l’instant, je vois ça surtout comme un moyen de gagner en légitimité et de progresser dans ma carrière professionnelle. Je ne compte clairement pas le faire toute ma vie, mais je donne tout pour me placer le plus haut possible dans le classement, tout en conservant mon rythme de vie d’étudiant.

Tu es né au moment où les supports se sont multipliés !! Du coup, tu as grandi en switchant entre ailerons, foils, wingfoil, surf, SUP. Comment tu as vécu ça ?
C’est vrai que je me suis mis aux sports de glisse à un moment charnière, avec l’arrivée du foil. Après, tout s’est enchaîné très vite : le wingfoil, puis le Supfoil et le surffoil, et plus récemment la parawing. Je pense vraiment que j’étais dans le meilleur timing possible. Changer de support m’a permis de progresser beaucoup plus vite, et le foil a clairement boosté mon temps passé sur l’eau.
On fait tous les deux du surf, du windsurf, de la wing, du SUP, du foil. Tu penses que c’est une bonne chose ou qu’on s’éparpille ?
En Méditerranée, je pense que mixer le plus de disciplines possibles est vraiment bénéfique, surtout pour les sports de foil. Les vagues ne sont pas toujours parfaites donc le foil permet de sauver pas mal de sessions qui seraient médiocres en windsurf.
Le matin quand tu te réveilles, comment choisis-tu choisis ton matos ? Tu as mis des priorités ?
Tout dépend des conditions du jour : vent fort avec vagues, je choisis le windsurf ; vent fort sans vagues, je pars en downwind ; vent léger avec petites vagues, c’est wingfoil ; et quand il y a de belles vagues sans vent, je me tourne vers le surf, le surf foil ou le sup foil. La priorité reste toujours le windsurf, mais ce n’est pas toujours possible.
Comment tu fais pour gérer ta saison entre tous les évènements ? Les calendriers de compétitions se bousculent et c’est difficile d’être performants dans tous les domaines ?
C’est sûr que je rate souvent des compétitions intéressantes, comme le championnat de France à Wissant en fin d’année que je manque chaque année (hahaha !!). Pour l’instant, je me concentre surtout sur le windsurf, qui reste ma priorité ; pour le reste, on verra plus tard.
C’est un peu une histoire de famille le windsurf chez nous. Comme chez beaucoup de windsurfer. Tu le vis comment ?
Comme la plupart des jeunes windsurfers, cette passion nous a été transmise par nos parents. Moi je trouve ça assez cool de pouvoir partager une passion entre génération : je pense que c’est le rêve de tous les darons du monde (hahaha !!).
Quel est le meilleur conseil « windsurf » que je t'ai donné ?
De reculer la main arrière pour les fronts !!

Quand les gens te disent "Ah tu es le fils de Raphaël Filippi", tu es plutôt fier ou tu as envie de dire « ouais mais il y a autre chose !! » ?
Un peu des deux : c’est cool d’avoir un père “connu” dans son sport mais le plus dur maintenant va être de me détacher de ça et de créer ma propre identité.
On navigue ensemble depuis toujours. C'est quoi la session qui t'a le plus marquée ?
C’est sûrement ma première session à Hookipa quand tu m’avais aidé à passer le shorebreak et que j’avais l'impression que c'était un jour énorme alors qu’il y avait 1m de vagues !!
Dans 10 ans, tu te vois comment ? Pro rider à 100% ou as-tu un projet différent ?
Mon objectif numéro un, c’est de devenir pro rider à 100 %, même si c’est vraiment compliqué d’en vivre. À mon avis, la seule façon d’y arriver aujourd’hui, c’est via les réseaux sociaux. C’est d’ailleurs comme ça que de plus en plus de riders de sports de niche réussissent à vivre confortablement de leur passion.
Comment tu vois l’évolution du windsurf sur les prochaines années ? Tu penses que le sport va redevenir tendance ?
Franchement, je pense que le windsurf restera toujours un sport de glisse hyper stylé et iconique, mais j’ai du mal à le voir redevenir « tendance » avec les générations qui arrivent. Aujourd’hui, tout va très vite : on veut apprendre un sport rapidement, progresser vite… et on prend moins le temps. Du coup, des disciplines comme le wingfoil ou le kite répondent beaucoup mieux à ces besoins actuels.
Question sponsors : tu es chez Duotone comme moi. C'est parce que le matos est bon ou parce que j’ai négocié ?
Au début, le fait que tu sois chez Duotone m’a forcément aidé, c’est logique !! Mais ça n’a été qu’une porte d’entrée car si tu ne fais pas le boulot derrière, tu dégages !! (hahaha !!). J’ai prouvé ce que je valais au fil des années, et aujourd’hui, ils font partie de mes meilleurs partenaires équipementiers. Le matériel est excellent dans tous les domaines.

Les réseaux sociaux, c’est un truc que tu gères comment ? C’est important pour un rider de ta génération ?
Je pense que les réseaux sociaux font maintenant partie intégrante de la vie d’un sportif : pour communiquer, trouver des sponsors et gagner en visibilité. C’est presque devenu primordial, et c’est encore plus vrai dans des sports de niche comme le windsurf ou le wingfoil.
D'ailleurs, voici mon insta : https://www.instagram.com/cesarfilippi16/
Adrien Bosson, Régis Bouron ou moi, avec qui tu préfères naviguer ?
Hahaha !! Je pense que je vais partir sur Regis c’est sûr !! C’est mon idole numéro 1 !!
Tu as mis quoi comme musique ce matin pour te chauffer ?
Tout l’album « All Eyes On Me » de 2pac ! Du rap old school.
Tu peux me donner tes 3 modèles dans le sport ?
Lennart Neubauer, Antoine Martin et Regis Bouron !!
Si je te dis Robby Naish ? Ça te parle ? Et surtout, cela t’évoque quoi ?
Oui, c’est une légende, c’est sûr. Après, comme je ne l’ai jamais vu rider à son apogée, à l’époque de ses grandes années, j’ai un peu de mal à mesurer l’impact et l’influence qu’il a réellement eu dans son sport.
Si tu devais me décrire rapidement, ça donnerait quoi ?
La personne la plus hyperactive de la planète Terre mais aussi la plus proactive et positive !!

Crédit photos : Manu Morel et John Carter